Marthe
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Marthe

Photo : Du Vieux-Port, à Marseille, vers Notre Dame de la Garde.
Robert sentait qu’il lui fallait profiter de l’occasion pour vérifier si Marthe était libre, et prête à s’élancer dans une aventure. Il demanda tout de go à Laure :
- Qu’allez-vous faire maintenant ? Vous n’allez pas rentrer tout de suite à Aix ? Si on continuait notre discussion au restaurant ce soir ? Le temps de faire plus ample connaissance avec ta nièce Marthe, et de nous rappeler notre bon vieux temps à nous.
- Moi, dit Laure, j’aimerais faire un petit tour au Centre Bourse, pour m’acheter des livres et des CD de musique. Ce sera aussi une bonne façon de meubler le temps qui nous reste avant d’aller au restaurant. De la tête Robert fit oui, et Marthe acquiesça par un sourire.
C’était bien parti, Robert était aux anges car Laure ne s’opposait manifestement à rien. Tout était bien dans le meilleur des mondes possibles !
Laure ne s’attendait pas à une telle rencontre aujourd’hui, et encore moins à se retrouver devant un Robert qui se déclare aventureux à son âge alors qu’il est le mari de la July qu’elle connaît bien. Lui, mais qui l’eût cru ?
Pendant que Marthe et Robert parlaient de la pluie et du beau temps et que leurs esprits se mettaient en parallèle pour tendre vers le même but, Laure ne pensait qu’au rôle qu’elle pouvait jouer – et les femmes adorent ça. Mais Robert était loin de toutes ces interrogations.
En fait Laure découvrait que ce ne sont pas les mieux armés qui accomplissent tout le parcours de la vie dans la sérénité et le bonheur. Manifestement, July et Robert pour qui tout était proprement balisé auront du mal à vieillir ensemble. Elle venait de découvrir en peu de temps un Robert insatisfait, un Robert en manque de nouveauté dans sa vie. L’idée lui vint tout d’un coup qu’il lui fallait au plus vite revoir July, par curiosité, certes, mais principalement pour comprendre pourquoi un tel modèle n’avait pas fonctionné jusqu’au bout. Et puis, il lui fallait, directement ou indirectement, informer July de cette rencontre. Une rencontre qui d’une façon ou d’une autre ne pouvait pas ne pas influer sur l’avenir proche, à quelque niveau que l’on se projette.
Pendant que Laure écoutait de la musique, heureuse à passer d’un casque à l’autre, avant de faire ses choix, Robert, après avoir fait un signe explicatif de la main, entraîna Marthe dans le secteur des livres, et d’un rayon à l’autre ils eurent l’occasion de faire plus ample connaissance. Elle avait une bonne culture littéraire, et s’était déjà fait une idée des derniers livres à la mode. Mais ce qui lui plut vraiment, c’était sa simplicité, un peu comme si elle voulait qu’on ne la prenne pas pour une femme du monde. Elle était très économe de ses paroles et de ses gestes, le plus souvent elle se contentait d’un mouvement de la tête et d’un petit sourire. Et pourtant, cette réserve, si elle n’était pas feinte en ce moment, ne l’empêchait pas de travailler dans une société de communication à Paris. Elle suivait Robert qui, lui, s’intéressait aux derniers livres sur l’actualité politique, et, quand elle était sollicitée elle donnait un avis qui n’était pas dénué de sens.
Laure refit apparition, ayant arrêté son choix de disques, et s’acheta rapidement un roman que l’actualité avait mis en évidence ces derniers temps. Elle entraîna ensuite les deux autres vers la sortie. Pendant que tout le monde empruntait les escaliers mécaniques, elle annonça tout d’un coup son intention de rentrer au plus vite chez elle, ce qui désarçonna tout de suite Marthe, surprise en un moment d’une telle décision de sa tante.
- Je croyais qu’on devait dîner tous ensemble, dit Marthe.
- Je suis un peu fatiguée. Mais vous pouvez y aller sans moi ; et prenant Robert par le bras : à condition que tu me la ramènes à Aix…Sans trop tarder, ajouta-t-elle dans un petit rire. Tu te souviens encore de notre maison familiale. Quand tu arrives dans le quartier, si tu te ne te repères plus tu m’appelles sur mon GSM – elle lui donna le numéro de son portable et celui de son fixe, et profita pour noter toutes les coordonnées personnelles de Robert. Ce soir, je veux me décontracter devant ma télé. Et puis, j’ai aussi hâte de commencer mon roman, dit-elle encore.
Robert qui venait de découvrir un espace libre et nouveau à emprunter ne s’était même pas demandé comment il fallait interpréter cette volte-face de Laure. Et pourtant, lui qui la connaissait bien, c’est la première chose qu’il aurait dû faire. Mais il était dans la disposition d’esprit qu’il fallait avancer vers la nouveauté, quel qu’en soit le prix à payer aujourd’hui et quelles que fussent les qualités dans la manigance que son amie avait développées dans le passé.
Marthe et Robert après avoir raccompagné Laure au parking qui se trouve non loin du centre Bourse se décidèrent pour le Vieux-Port, et malgré un petit vent encore un peu frais pour la saison, tous les deux, en amoureux, firent presque toute la longueur des quais avant de revenir sur leurs pas pour entrer dans un restaurant connu. Robert remarqua que la direction avait changé ainsi que la disposition des tables. Marthe choisit d’être placée de façon à pouvoir observer par la baie vitrée les allants et les passants qui flânaient sur les trottoirs.
Incontestablement le courant passait entre eux ; et les deux n’étaient pas préoccupés par la différence d’âge qui était quand même bien visible. Il n’y avait aucun doute à les voir : c’étaient bien deux amoureux qui dînaient au su et au vu de tout le monde. C’est en lui tenant par la taille qu’ils sortirent du restaurant et firent le trajet menant au parking. Il l’embrassa alors que la porte de la voiture était à peine entrouverte, et se permit même d’aller tout de suite plus loin, tant l’invitation était tout à fait nette et naturelle.
Pendant le trajet à Aix, Marthe se fit encore plus tendre. Et elle s’était mise à parler, à parler, de sa vie, de ses déceptions, de ses espoirs, insistant sur un point : sa liberté.
- Je ne sais pas pourquoi tu cours après moi – la réalité est qu’elle s’est laissé vite rattraper et qu’elle s’est laissée vite tomber dans les bras de l’homme qui l’accompagnait –, cela fait à peine 6 heures que l’on se connaît ; mais je préfère te dire que je ne suis pas une bonne bouée. Moi-même je suis à la recherche de quelque chose auquel je pourrai me raccrocher. Pour me rassurer, tout en veillant à préserver ma liberté. Une de mes amies me répète souvent : Toi, tu ne sais pas ce que tu veux, si un jour tu arrives à le savoir, alors tu auras gagné sur la vie. Toi, tu ne peux pas être en éternelle recherche. En réalité, Robert ne s’est même pas interrogé pour savoir pourquoi elle s’est laissée aller à ces confidences.
Ces dernières phrases bien que prononcées à mi-voix se fixèrent pendant un cours moment dans la tête de Robert avant de s’effacer. Il était bien avec elle, et c’était ce qui comptait. Il ne se préoccupait pas de savoir ce qu’il y avait de sincère dans ce qu’elle lui racontait. Demain est un autre jour, se disait-il.
Il était plus de minuit quand Robert déposa Marthe au portail de la maison familiale de Laure à Aix. Avant de partir, il s’assura qu’elle allumait bien une pièce dans la maison, preuve qu’elle était bien rentrée, en toute sécurité. Sans avoir vu la tante. Il soupira en démarrant sa voiture car pour rien au monde il n’aurait voulu qu’elle se pointât pour le sonder d’un seul regard.
Il lui avait promis de l’appeler en fin de matinée, car il avait une réponse à donner : Si tu veux voir clair en moi, accompagne-moi pour quelques jours à Paris ; de toute façon, je prends le TGV demain en tout début d’après-midi, et je vais ensuite chez moi, dans la banlieue, lui avait-elle dit d’une voix ferme. Et elle avait poursuivi : J’ai encore deux jours de congé avant de reprendre mon travail dans le centre de Paris.
Robert savait qu’une dure journée l’attendait demain. Arrivé à la « Pinol », il constata que July dormait et ne trouva pas d’autre solution pour arrêter de penser à l’alternative qui s’offrait à lui, tout dire ou bien tout cacher, que d’avaler un grand whisky, ce qui l’aida à s’endormir. Peut-être pensait-il qu’il ne pourrait pas moduler un bon petit mensonge, et même craignait-il que rien qu’à commencer à en parler il ne provoquât une réaction définitive que July ne manquerait pas d’avoir sur le champ. Et il ne pensa même pas à prendre un somnifère.

Commentaires
RIVIERE site : http://pierre-georges-riviere.blog4ever.com | le 23/12/2008 à 21:15:06L'histoire se corse et c'est tant mieux pour le lecteur. Vivement le prochain épisode!