July et Laure
Page 38 : July et Laure

Photo : Des maisons dans les pins, à la périphérie de Marseille.
Il n’y eut guère de mots échangés entre July et Mimi durant le trajet qui les menait à « La Pinol », il est vrai qu’il fallait à peine dix minutes pour s’y rendre. La complicité forgée entre elles au fil du temps à vivre presque côte à côte était forte, elles ne se sont jamais quittées pour ainsi dire. Toutes les deux n’avaient pas besoin de démonstration pour se mettre en phase et faire front à partir du moment où l’une d’entre elles était moindrement menacée. Pour elles, Laure, du moins par sa nièce qu’elle aurait pu retenir, était devenue une adversaire à qui elles n’entendaient pas laisser le moindre espace de manœuvre, la connaissant bien du temps de leur jeunesse pour son goût à entretenir des intrigues.
Arrivées à La Pinol, dès le portail franchi, les deux femmes se présentaient comme si elles avaient à reconquérir un espace menacé, alors que ce n’était pas le cas. C’est une Laure tout affolée qui se présentait à elles ; elle était désolée que les retrouvailles se fassent dans un tel contexte. En tout cas, dès les premiers mots échangés les choses étaient remises à leur place.
Laure, débout, se lança tout de suite dans ses explications :
- Je suis vraiment attristée, July ; il y a eu un enchaînement qui s’est fait contre ma volonté. Je n’ai vraiment rien compris des intentions de ma nièce, en aucun cas je ne l’aurais admis ; je suis vraiment déphasée par rapport aux jeunes. Autant te l’avouer, à vouloir m’y opposer elle m’aurait ri au nez – c’est qui s’est plus ou moins passé d’ailleurs quand j’ai tenté de mettre le doigt sur la différence d’âge. Je me demande si nous avons encore quelques moyens pour simplement influer sur les comportements des jeunes aujourd’hui. Ma nièce est une femme libérée, du moins elle se prétend comme telle, et elle a lancé ses filets sur Robert comme si elle voyait en lui une proie. Tu vois, notre génération était plus réfléchie, on préparait, on mijotait nos coups, tout en nuance, en fantaisie, et ça n’allait pas très loin, mais avec celle d’aujourd’hui tout est spontané, l’on ne s’embarrasse pas d’écorcher son entourage, et surtout on ne réfléchit pas aux conséquences même si le propre de la jeunesse est de ne pas trop y penser. Pour tout te dire, je n’ai pas compris non plus pourquoi Robert s’est immédiatement jeté dans l’ouverture qu’elle lui tendait. Franchement, je l’ai connu plus réfléchi, plus calculateur, plus anticipateur. À vrai dire – et elle avait les larmes qui coulaient – je me sens un peu larguée dans tout cela. C’est pour cela que je suis chez toi. Tu excuseras cette intrusion sans avoir cherché à te joindre au téléphone, je ne pouvais plus attendre pour m’expliquer.
Après ce plaidoyer pro domo, July et Mimi avaient rentré leurs griffes, soulagées de ne pas avoir à expulser carrément Laure de la maison ; heureuses quand même de retrouver un peu la Laure qu’elle avait connue, car elle était généreuse aussi. Mais elles restèrent quand même un brin sur la réserve, cela faisait pas mal de temps qu’elles ne l’avaient pas fréquentée tous les jours.
Georges demeurait légèrement à l’écart. Devant un vide qui se prolongeait un peu trop dans la conversation, il proposa des apéritifs, comme s’il était chez lui. Mais c’était plus pour combattre l’anxiété était en lui depuis le départ de Robert.
July sauta sur l’occasion, il y avait toujours des diversions à faire :
- Tu t’occupes de tout cela, dit-elle. Moi, je prends un jus de fruit ; je suppose – en s’efforçant de rire – que tu sais aussi où l’on en trouve ici.
Mimi opta pour la même chose, et Laure préféra une bière. Georges n’eut même pas à annoncer ce qu’il allait boire en cette fin de matinée.
Les deux femmes étaient face à Laure dans le séjour. July estima qu’il fallait elle aussi entrer dans les explications qu’elle devait à Laure :
- Vois-tu, Robert vit très mal sa retraite ; il n’a pas su jusqu’ici trouver des bons points d’appui pour caler sa nouvelle vie. Il s’est quelque peu perdu ; il est en dépression chronique. Il est capable de tout pour se mettre à la recherche ce qu’il appelle un peu de nouveauté dans sa vie. Tous les deux, nous avons tenté de nous installer à la Réunion, son île. Mais ça n’a pas marché. J’ai peur que pour lui, tout ce qui est nouveau devient vite inintéressant voire encombrant…sans savoir vraiment ce qu’il en résultera de cette aventure soudaine.
Laure, rien qu’à voir le sérieux de July et de Mimi commençait à comprendre le comportement de Robert, bien qu’au fond d’elle-même elle préférât garder un peu de son impression première. Parce que Robert lui avait paru plus que normal lorsqu’elle l’avait rencontré à la sortie de la clinique. À croire vraiment que les apparences cachent bien ce que les gens endurent parfois. Néanmoins, elle risqua une question :
- Est-ce que je dois tenter une intervention auprès de ma nièce ? Diplomatiquement, j’entends ! Si tant est qu’on puisse le faire avec elle. Mais je veux bien essayer.
- Surtout pas ! répondit July. Je veux rester sur la ligne de conduite que j’ai fixée avec Robert : quelles que soient les circonstances, ne pas le contrarier, l’accompagner avec plus ou moins de distance.

Commentaires
RIVIERE site : http://pierre-georges-riviere.blog4ever.com | le 04/04/2009 à 19:03:54July, une épouse compréhensive que toutes les épouses devraient prendre pour modèle...