Georges, le médiateur

Photo: Marseille.
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Georges, le médiateur
Georges a toujours été assez habile pour ne pas se laisser enfermer dans des situations compliquées qu’il ne comprenait pas, qu’il ne voulait pas comprendre. Son attitude a toujours été simple, connue de ses amis, et il le répétait de temps à autre : N’essayez pas de m’atteindre à travers vos problèmes, j’en ai assez avec les miens ; ma capacité de compassion est limitée. Laure avait raison de l’appeler l’inébranlable, parce qu’il prenait soin de garder une certaine distance avec et les joies et les malheurs de ses amis. Et pourtant, c’est un ami qui se veut fidèle, Robert le sait plus que tout autre.
Cependant, il héritait bien d’une situation qu’il n’aurait pas voulu accepter pour rien au monde ; coincé entre July auprès de qui il a pour mission d’expliquer l’aventure amoureuse de Robert qui est en cours et Laure qui n’est coupable si l’on peut dire que d’avoir une nièce, Marthe, que Robert a par hasard rencontrée et regardée avec une grande envie, sans qu’il soit possible d’affirmer qu’elle porte la responsabilité d’avoir « lancé » sa nièce sur ce dernier, il se demandait quelle attitude il allait pouvoir adopter.
Il hésitait. Il avait présentement sur les bras Laure, qui n’était pas pressée de partir, sans doute parce qu’elle tenait à rencontrer July aujourd’hui même, et rien qu’à lire dans son regard, il savait qu’elle était au courant de tout. Il était donc dans l’obligation de rester sur place pour tout gérer et particulièrement les retrouvailles entre les deux femmes. Mais attendre July, chez elle, sans l’informer du départ de Robert pour Paris en compagnie de Marthe, c’était la mettre en position inférieure par rapport à son amie. Et ça, elle ne le lui pardonnerait pas. Il se décida d’appeler Mimi, en priant pour que July fût encore en sa compagnie, tout simplement pour décharger sur elle la mission que Robert lui avait confiée. C’était ainsi reprendre une position plus décalée par rapport aux acteurs principaux, celle qu’il affectionne tant. Mais c’était compter sans sa femme.
Après qu’il l’eut informée que Robert à son départ lui avait demandé de vérifier la fermeture des fenêtres, Georges, en faisant comme chez lui, installa Laure dans un fauteuil de la véranda et s’en alla derrière la maison en lui disant :
- Je reviens tout de suite, j’ai les clés et dans un instant je t’ouvre la porte du séjour. Et une fois à l’intérieur, il appela au plus vite Mimi. Il avait à peine commencé à entamer le résumé qu’il avait préparé qu’il fut arrêté tout net par sa femme :
- J’ai July à côté, dans une minute tu reprends tout, le temps aussi de mettre le haut parleur ; je n’ai pas l’intention de traduire ton résumé, je risque de déformer la réalité que tu présentes. Et elle appela la principale intéressée.
Il était clair que Georges se devait d’utiliser un autre ton et de revoir le contenu de ce qu’il allait dire. Il essaya de coller au plus près de ce que Robert lui avait dit, sûr que les deux femmes allaient aussitôt lui envoyer toutes sortes de questions auxquelles il ne pouvait pas apporter de réponse, mais qui seront jugées d’une autre façon pour lui faire comprendre qu’il protégeait son ami. Aussi il commença par prendre ses précautions :
- J’ai vu Robert au moment où il partait. Je ne cherche pas à jouer au médiateur, en quoi que ce soit.
Il ne savait pas vraiment par quel bout commencer. L’idée lui vint d’aller ouvrir le séjour, et de faire signe à Laure qu’il avait un coup de fil à passer. Là où elle était assise sous la véranda, et compte tenu de l’endroit où était placé le téléphone, elle n’avait aucune chance de l’entendre. Ce petit temps lui a permis justement de trouver un angle d’attaque :
- J’étais chez Robert, et, à peine qu’il fût parti, débarqua Laure, de notre bande d’étudiants. Elle est de retour à Aix.
Les deux femmes voulaient intervenir, mais Georges ne se laissa pas faire ; il lui fallait sortir au plus vite le gros de ce qu’il avait à dire :
- Tout dernièrement, en sortant de l’hôpital, Robert a rencontré Laure, la Laure de notre groupe d’étudiants ; elle était accompagnée de Marthe, sa nièce, inconnue pour nous. Marthe et Robert se sont amourachés, et les deux tourtereaux sont partis pour Paris en fin de matinée par le train. J’ai assisté par hasard au départ de Robert de « La Pinol » et il m’a missionné pour présenter la situation à July. Mais pourquoi je t’appelle ? Parce que je sais que July est avec toi – et tu as eu raison de mettre le haut parleur, cela me simplifie la tâche – et que j’ai Laure sur les bras ici, je ne sais pas quoi en faire. Comme je lui ai dit que July allait rentrer, j’ai bien l’impression qu’elle va l’attendre – elle s’est même mise à l’attendre. Je ne peux quand même pas la mettre dehors. Sans doute, elle veut s’expliquer tout de suite avec July. À vous de prendre le relais !
Mimi, sans doute après avoir consulté July, fit une brève réponse :
- Très bien, nous arrivons !
Georges était rassuré, les femmes allaient se retrouver en première ligne, et, entre elles, aborder la question de l’escapade de Marthe et de Robert ; il comptait bien observer tout cela car il est certain que Robert n’allait pas tarder à reprendre contact avec lui.

Commentaires
RIVIERE site : http://pierre-georges-riviere.blog4ever.com | le 08/03/2009 à 17:23:09Je ne suis pas fâché de retrouver tes héros, bien que la situation dans laquelle ils se trouvent, se soit drôlement compliquée. A bientôt pour un nouvel épidode.